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    L'ECOLE DES MARRIS 

    pastiche de genre

     

     Ne voir ici que le pastiche d'un genre, et certes pas d'un auteur ! 

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    Personnages

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     BOURSEPLATT, fabricant d'automobiles

    La Grange

    GAGNEPEU, fabriquant d'automobiles

    La Thorillère

    SIMPLET, utilisateur d'automobiles

    Du Croisy

    °°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    Bourseplatt, Gagnepeu

    Hélas, nous nous mourons ! Nous périssons ! Hélas ! Hélas !

    Simplet

    Holà ! Quel est tout ce bruit, céans ? Pourquoi ces alarmes ?

    Bourseplatt, Gagnepeu 

    Hélas ! Hélas ! A nous, l'état ! A nous, le Prince ! Nous disparaissons ! Nous sommes engloutis !

    Simplet, appitoyé

    C'est que... par ma foi, voilà de malheureuses gens ! Hé bien ! Que justifie ?...

    Bourseplatt

    Monsieur ! Vous ne savez point la nouvelle ?

    Simplet

    Non.

    Gagnepeu

    Vous n'entendîtes pas quel drame survint le mois passé ?

    Simplet

    Non, par ma foi. Il se passe en ce monde tant de malheurs, que...

    Bourseplatt, Gagnepeu

    Hélas ! Hélas ! Nous sommes à l'agonie ! Et nul ne s'en soucie !

    Simplet

    Messieurs ! Me direz-vous...

    Bourseplatt

    Vous ne savez point !

    Simplet

    Non

    Gagnepeu 

    Hélas ! Hélas ! Nous sombrons sans que nul s'en désole ! Hélas ! Hélas !

    Simplet

    Messieurs, de grâce ! Finissez et me dites enfin...

    Bourseplatt

    Il ne se peut que vous n'ayez entendu parler du résultat de nos ventes le mois dernier.

    Gagnepeu

    Vous ne fûtes point sans vous effrayer de leur effondrement.

    Bourseplatt

    Je n'ai plus d'ouvrage à donner à mes ouvriers des Flandres.

    Gagnepeu

    Mes chaînes s'arrêteront avant la Quasimodo.

    Simplet

    Et pourquoi cette affaire ?

    Bourseplatt

    Parce que vous n'achetez plus d'automobiles.

    Simplet

    Quoi !

    Gagnepeu 

    Parce que la vôtre a tantôt dix ans passés.

    Bourseplatt

    Ah, ça ! S'il me plaît...

    Gagnepeu

    Vous n'entendez rien aux besoins de notre industrie.

    Simplet

    Par exemple ! Je n'ai point pour fonction...

    Bourseplatt

    Votre civisme n'est pas...

    Simplet

    Par ma foi, messieurs ! Voici que ma femme se disant lasse de partager mon carrosse et de toujours devoir l'attendre, a bien exigé d'en tenir un de son crû, quand elle n'a que deux lieues à faire la semaine. Mon fils pour ses dix-huit ans a pour comble su me faire accroire, à moi qui à son âge allais en bicyclette, que son existence était compromise s'il ne disposait d'une tierce automobile. Et vous avez l'audace...

    Gagnepeu

    Tout beau ! Voyez la belle raison !

    Bourseplatt

    Entendez la plaisante excuse !

    Simplet

    Vos plaintes sempiternelles au ciel ne font pas que les autres industries n'existent point. Il en est qui impriment des livres et gravent la musique ; d'autres qui invitent à voyager de par des contrées lointaines, qui fabriquent ce qu'il faut pour nager sous les eaux, grimper aux montagnes ou voler dans les airs. Convenez que mes maigres écus investis là-dedans me rapporteront en joies plus de dividendes que le niais plaisir de toujours montrer au voisinage un carrosse nouveau. Laissant pareil souci aux imbéciles, je n'attends de vos talents que la fourniture d'un simple outil. Ceux de chez Facom sont garantis à vie ; imitez leur exemple.

    Gagnepeu

     C'est un fou ! Un carrosse pour la vie ! Ce serait la fin de tout progrès technique !

    Simplet

    Que me chaut un progrès forcé plus coûteux qu'une stagnation judicieuse ?

    Bourseplatt

    C'est un révolutionnaire ! Holà, mon petit monsieur ! Sachez que l'état n'a d'yeux que pour nous et d'oreilles que pour les cris des confréries tenues par nos ouvriers. Votre bourse est la nôtre et la leur. Vous n'avez qu'à désirer ce que vous ne pouvez empêcher. Les tailles perçues au Trésor sur le foin de nos chevaux-vapeur sont pour nous le meilleur garant de sa protection sans limite.

    Simplet

    Vous déchiriez tout à l'heure vos vêtements en pleurant son indifférence !

    Gagnepeu

    Si fait. Tant que nous n'avons pas tout, nous n'avons rien. C'est la devise de nos ateliers.

    Bourseplatt

    Vous changerez votre carrosse, j'en réponds.

    Simplet

    En vérité ! Et le moyen de m'y mener, s'il vous plaît ?

    Gagnepeu

    Voyez le niais !

    Bourseplatt

    Entendez l'innocent !

    Gagnepeu

    Votre voiture ne marque-t-elle pas de temps à autre une certaine façon d'hésiter d'entrer dans les virages ?

    Bourseplatt

    Répondez-vous de vos parfaits arrêts, lorsque vous filez cinquante lieues l'heure ?

    Gagnepeu

    La causticité de l'air n'a-t-elle pas bruni les ors de votre caisse en quelques points ?

    Simplet

    Parbleu, je le crois ! Vous la bâtissez depuis cent ans en fer commun !

    Bourseplatt

    Vous ne ferez pas l'enfant à feindre de le croire ainsi fait par hasard.

    Gagnepeu

    Un matériau que n'atteindraient point les injures de l'air ne ferait guère notre affaire.

    Bourseplatt

    C'est à cause de gens comme vous que le Prince s'est résigné à l'instauration du contrôle technique.

    Gagnepeu

    Le négoce tomberait d'inanition, à attendre le bon vouloir des ennemis de la raison à votre image.

    Simplet

    Le contrôle vous a joué un mauvais tour. J'y ai perdu l'habitude de regarder mon équipage comme un morceau de ferraille ; j'ai compris d'un coup comme il m'est précieux et comme il m'est nécessaire de le choyer en dépit de ma considération médiocre à son endroit. Il en résulte que vous voitures font désormais une carrière plus longue.

    Bourseplatt

    La perversité du fait ne nous a pas échappé.

    Gagnepeu

    Notre rôle n'est pas de vous laisser des issues.

    Simplet

    Vous voilà pourtant refaits !

    Bourseplatt

    Point du tout.

    Gagnepeu

    Nous sommes gens de ressource.

    Bourseplatt

    Votre mécanique corrompt l'air.

    Gagnepeu

    Elle est cause de force trépas par le poumon.

    Simplet

    Qui l'a manufacturée, je vous prie ?

    Bourseplatt

    Nous l'avons créée pour un usage raisonné.

    Gagnepeu

    Elle n'est point comme Harpagon, qu'il faudra assommer passé ses six-vingt.

    Bourseplatt

    Nous promettons qu'elle ne passera plus même le quart du premier.

    Simplet

    Lorsque ses pistons dansent encore comme au premier jour !

    Bourseplatt

    Mais en fumant.

    Simplet

    Vous moquez-vous ?

    Gagnepeu

    Vous ne distinguez point encore à cet âge sa pollution, mais, foi de Super-Phénix, nous en savons là-dessus plus long que vous.

    Simplet

    Changer pour vous complaire un moteur neuf !

    Bourseplatt

    Qui vous dit pareille sottise ? Nous vendons le moteur neuf aux deux tiers de la voiture neuve à seule fin de vous dissuader de la faire durer.

    Gagnepeu

    Vous voyez bien que vous n'en réchapperez pas.

     Simplet, à part

     La peste les étouffe, morbleu ! Les Mandrin ! Les Cartouche !  

    Bourseplatt

    Que disiez-vous, monsieur ?

    Gagnepeu

    A qui faisiez-vous l'honneur de vos pensées ?

    Simplet

    Ce n'est rien. Je ne vous ai que trop retenus. Messieurs...

    Bourseplatt, faisant la révérence

    Serviteur, monsieur.

    Gagnepeu, avec moulinets de chapeau jusqu'à terre

    Serviteur, monsieur.

     

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    UN PEU DE LATIN DE CUISINE

    Inspiré des ballets de Molière ; seconde histoire automobile

     

    Erat garagistus qui ad portam paradisi die una frappuit
    Et quem Sanctus Petrus accueillavit cum parolas que voilà :
    "Bonam diem, care domine,
    "Hic semper beati summus
    "Honestas gentes recevoir.
    "Ergo prendeo ficham tuam, et unum paulum videmus.
    "Lego te annos centum quadraginta septem esse. Aetas pulcher !"
    Sed garagistus salam gueulam faciendum Sancti Petri demandavit :
    "Facetiam drôlam invenis ? Tu sais bene que in ateliero meo
    "De échella il y a minutas quinque tombavi et capitem rumpavi
    "In anno triginta octo aetatis meae."
    Sed Sanctus Petrus protestavit :
    "Afflictus sum", inquit, "sed absolument impossibilis est.
    "Hic habeo comptabilitatis tuae toutas photocopias
    "Et additionno toutas horas labori quas clientis tuis facturavisti.
    "Dubitatio est aucuna : in anno centum quadraginta septem aetatis tuae mortuus es."

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