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    PARTICIPATION AUX JEUX RADIOPHONIQUES 

    souvenirs réels

     .

    13 novembre 1986.

      L'auteur n'a parlé à l'occasion que sur une antenne régionale de France-Inter, jamais sur la maison-mère ; mais...

      Le sympathique quoiqu'un peu déplumé Sylvain Augier tenait dans les années 80 de 9 heures 30 à 10 heures 30 une émission quotidienne ainsi faite : les auditeurs appelaient le standard pour communiquer leurs plus amusantes anecdotes sur le thème du jour. Pour autant l'auditeur sélectionné ne passait-il pas à l'antenne ; Sylvain Augier racontait lui-même. Ce fut un beau matin le thème : " les jumeaux ".

      En quelques secondes l'auteur avait imaginé une histoire digne de la bande dessinée, qu'il exposait à 9 heures 40 à la standardiste de l'émission. Parfois, un miracle permet d'obtenir le standard.

    " J'ai un frère jumeau. Nous parents suivaient la coutume de nous vêtir à l'identique, ce qui arrivés à dix ans nous exaspérait. Mais nos parents ne voulaient hélas rien entendre ! Un incident leur fit réviser leur position.

    " Mon frère et moi nous étions perdus de vue dans un hypermarché. Tout à coup j'aperçois à vingt mètres de moi mon frère au bout d'une allée. Je cours vers lui ; il fait de même. A l'instant que nous allions nous rencontrer selon notre habitude, tombant l'un sur l'autre, j'ai pris le gadin de ma vie. J'ai percuté de plein fouet une glace  haute du sol au plafond "

    - Oooh ! Ca va bien plaire à Sylvain ! répond la standardiste en joie !

      La première demi-heure d'émission s'écoule sans que j'entende raconter mon histoire. Dix heures, bulletin d'informations : Thierry le Luron est mort. Sylvain Augier n'a plus goût à rien ; le tempo de l'émission est bien ralenti. L'auteur désespère, lorsque vers 10 heures 28 :

    -  Allez ! Une petite dernière pour nous dérider un peu... Paul qui nous appelle de Taverny, avait un jeune frère jumeau que ses parents, vous savez, avaient cette pénible habitude de vêtir exactement comme lui.. 

      L'auteur n'allait pas s'arrêter sur un tel succès. Le thème un autre jour était l'échec professionnel délibéré. Comment être un looser ? Cela nous connaissait. Sylvain Augier avait invité un chasseur de têtes pour commenter les historiettes. L'auteur s'est rappelé une anecdote tirée du Principe de Peter, qu'il a  considérablement transformée. Il appelle le standard et l'obtient encore !

    " Je suis cadre dans une entreprise du Val d'Oise. Des bruits couraient quant à ma nomination à la tête de notre agence de Montpellier. J'en avais froid dans le dos. Perdre le salaire de ma femme et toute ma vie personnelle construite ici pour une promotion qui ne m'était pas vitale, me désolait.

    " Je pensais qu'un refus me serait plus nuisible dans la société que le simple renoncement du patron à me nommer. J'ai pris le taureau par les cornes.

    " Je travaille dans un grand bureau paysager où ma propre table est proche de l'entrée et lui tourne le dos. J'ai guetté une entrée du directeur. Feignant de ne pas l'avoir vu, j'ai aussitôt commencé sans préavis un sketch singeant toutes les manies et tics verbaux de ce chef. Mes collègues qui, eux, le voyaient dans mon dos, étaient pliés de rire. J'ai poursuivi. Le directeur a reflué sur la pointe des pieds, et je n'ai plus jamais entendu parler de cette promotion.

      Nouvelle réussite et nouveau passage à l'antenne, mais hélas toujours par personne interposée.

    *

      Cloué au lit des semaines à quatorze ans par la maladie, l'auteur écoutait parfois Luxembourg dans l'espoir de résoudre son énigme quotidienne. Sur quelques dizaines il en devinait deux, et suffisamment vite pour qu'il valût la peine d'appeler. L'une  était : " le général a trouvé le salut " et l'autre : " le champignon de Laurence a été primé ".

      La première faisait allusion au "général" Booth, fondateur de l'Armée du Salut, et la seconde au prix Nobel attribué au physicien Lawrence pour son invention du cyclotron, l'un des premier accélérateurs... de particules. L'auteur implorait son inflexible professeur de mère d'appeler pour lui la station, mais vainement. D'une part le téléphone alors coûtait cher ; on ne le gaspillait pas après l'avoir attendu quatre ans ; le seul fait de sa rareté le faisait également regarder avec un certain respect, en sorte qu'on répugnait à lui faire transmettre des sornettes. D'autre part, un professeur eût consenti peut-être à appeler France-Culture, mais certainement pas Luxembourg. 

      L'auteur connut moins de chance encore avec la facétieuse Eve Ruggieri qui contait tous les matins quelque biographie. Elle narrait alors la vie de Kennedy, le seul homme politique à avoir promis la lune à ses électeurs sans se moquer d'eux.

      Chaque matin en fin d'émission Eve Ruggieri posait une question tantôt en rapport avec l'émission du jour, tantôt avec n'importe quoi. Les auditeurs appelaient le standard dans l'espoir de passer à la radio et de gagner un dictionnaire. Eve Ruggieri commençait toujours par prendre à l'antenne une première réponse fausse, voire inepte, avant de faire parler le vainqueur. Question du jour :

    - Dans quel type d'avion le frère aîné de John Kennedy a-t-il été abattu au-dessus de la France en 1944 ?

      Eberlué, l'auteur commente à sa femme :

    - Un Liberator ! Elle l'a dit elle-même tout à l'heure !

    - Vite ! Téléphone ! (l'auteur n'a jamais pu faire perdre à sa femme cette manie de le tutoyer).

    - Non... Il y a une astuce... Ca ne peut pas être ça ! Je te répète qu'elle l'a dit... Tu parles d'une question ! Elle tend un piège...

      L'auteur n'appelle donc pas. Un premier auditeur passe à l'antenne :

    - Allo ? Jacques ? Vous êtes de Mimizan ? Il fait beau, à Mimizan ? Ah, parfait ! Bon ! Alors... dans quel type d'avion...

    - Euh... dans une Caravelle ?

    - Hi hi hi ! Désolé, Jacques ! Vous avez perdu ! Allez ! On prend Paul à l'antenne ! Paul ? Dans quel type d'avion...

    - C'était un Liberator.

    - Bravôôô !... Vous avez gagné un poste à transistors à modulation de fréquence et le dictionnaire en deux tomes des fautes d'orthographe les plus courantes en portugais ! Content, Paul ?...

     Une autre fois la question ne concernait pas du tout l'émission :

    - Quelle est cette carrière criminelle débutée en 1920 qui s'est achevée en 1974 après 53 assassinats ?

      L'auteur a trouvé dans l'instant et, miracle ! obtenu le standard.

    - Il s'agit de la carrière d'Agatha Christie.

      Suit aussitôt la question subsidiaire. Nous aurions dû suspecter la survenue d'une question subsidiaire. Tous les concours se concluent par une détestable question subsidiaire. Tout le monde hait les questions subsidiaires.

    - Quel est le titre de son premier roman ?

    La mystérieuse affaire de Styles, ou de Staïl'z.

      L'auteur ne connaissait pas l'ouvrage, mais savait son titre pour l'avoir lu dans les plus belles histoires de l'Oncle Paul.

    - Raccrochez et demeurez à proximité du poste.

      Cinq minutes passent, un premier concurrent à l'antenne, avec sa réponse ridicule comme il se doit, puis un second concurrent. Nous passent également sous le nez un poste à transistors à modulation de fréquence et la Grande Encyclopédie illustrée des parasites du rosier.

     

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