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    A LA MANIERE DE : CAMILLE FLAMMARION 

    pastiche

     

      Pour goûter ce pastiche, il est évidemment plus qu'utile d'avoir en tête le style de Flammarion, en particulier de son Astronomie Populaire. On a pris ici pour thème la description imaginaire des étoiles de type "naine blanche", dont la découverte est antérieure à la parution de l'ouvrage sus-mentionné (1880), mais que personne n'a su décrire utilement avant 1925, une fois découvertes des lois physiques inconnues au XIXème siècle. 

     

     LES NAINES BLANCHES

     

      Voilà des astres où la pesanteur est cent mille, je dis bien cent mille fois plus forte que sur la Terre. Que notre vaniteux globule déjà écrasé, ridiculisé par la splendeur des plus faibles soleils ; que notre fourmilière dérisoire à peine décelable entre les quintillons de nonillons de septillons de tonnes de la plus infime habitante de la Voie lactée, tourne, si elle l'ose, le regard vers ces naines blanches, vers des mondes où ses plus fortes machines à vapeur ne vaudraient pas les muscles d'une puce ! Seule à mes yeux subsiste encore après une pareille leçon la beauté de nos compagnes, pour relever quelque peu devant l'univers l'insignifiance de notre boulette de glèbe !

      Astres où le plus fort athlète ne lèverait pas une plume ; où le mécanicien du chemin de fer pèserait plus qu'ici-bas tout son convoi ; mais où pourtant l'aérostat s'élève avec la même grâce, la même aisance que sur notre Terre ! Car si l'hydrogène sur le compagnon de Sirius pèse comme ici le mercure, le poids spécifique de l'air y est encore accru dans la même mesure, en sorte que rien n'y est changé dans le théorème d'Archimède.

      Mondes où les bienheureux habitants ne savent rien des malheurs de la guerre ! En vain leurs généraux prétendraient-ils tirer des boulets condamnés à s'écraser au sol à la bouche même du canon ! Et si Newton a eu raison d'attribuer du poids à la lumière, la soumettant ainsi peut-être à sa gravitation, nul sanglant serviteur de Mars ne pourrait sur ces astres viser son ennemi - un ennemi ! folie ! son frère, plutôt ! - qui se trouverait ailleurs qu'on le verrait ! Pointer sur l'étoile du Grand Chien une lunette de vingt pouces comme celle taillée par M. Alvan Clark nous laisse entrevoir à son côté un satellite qui préfigure ainsi dans l'ordre moral le monde de paix que sera, soyons-en sûrs, notre Terre avant même que l'auteur de ces lignes ait cent ans ! à moins, le cas est plus probable, que ses atomes dispersés n'aient rejoint d'ici-là les effluves dont renaîtront nos héritiers de ce paradisiaque vingtième siècle à venir !

      Ce satellite de Sirius est-il une étoile moribonde et déjà encroûtée, luisant faiblement dans une agonie de laves déjà refroidies, comme lassées de lutter contre le froid des espaces glacés ? Ou bien est-il une planète colossale ? Si c'est une planète, en tout cas, et quoiqu'elle soit d'une existence plus assurée que celle de l'incertaine Vulcain, M. Leverrier n'en aura pas cette fois déterminé les éléments.

      Les dames, surtout, s'effraieraient fort d'avoir à y séjourner. Le moindre kilogramme superflu s'y traduirait par cent tonnes à perdre. La vie mondaine leur semblerait morne : point de bals, point de valse du moins, car au moindre tour une force centrifuge effroyable réduirait en miettes les malheureux danseurs, les dispersant aussitôt aux quatre coins de la salle en mille morceaux !

      Mondes où l'effroyable resserrement, l'entassement prodigieux des lignes de force du champ de pesanteur broie jusqu'aux atomes, qu'il réduit en particules de cette électricité qui est décidément bien l'âme et la pierre du monde ! L'homme y serait comprimé à la taille d'un moucheron ! Que l'on vienne après cela nous parler encore de la fortune des ambitieux, du pouvoir des puissants, de la gloire des buveurs de sang, des intrigues des courtisans, du blason des nobles prétendus ! Leur corps n'est que boursouflure emplie de vide, et tout le gouvernement tiendrait à son aise sous les ailes d'un bête à bon Dieu ; cela est démontré.   

     

     Note : le pasticheur a parfaitement conscience de la fausseté de ses considérations sur la valse et la force centrifuge ; Flammarion ne confondait nullement masse et poids ; mais la très humble culture scientifique de la majorité des lecteurs fera fort bien passer ces approximations.

     

     

         


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